La guerre et les Japonais, 60 ans après l’indépendance – partie 2 –

Mon grand-père maternel ne pourra jamais oublier la guerre. Dans l’armée japonaise, l’ordre d’un gradé était un ordre absolu. Un jour qu’il avait tenté de protéger un camarade de régiment qui avait commis une erreur, un sergent l’avait frappé au visage le rendant partiellement sourd d’une oreille. Au moment de la capitulation du Japon, il était en zone chinoise de la Mandchourie. Lorsque le bateau qui devait le rapatrier est arrivé, il n’a pas été admis à bord. La raison ? Mon grand-père avait le même nom de famille que l’amiral en chef de l’armée japonaise, Yamamoto (photo ci-dessus, Isoroku Yamamoto, amiral en chef de l’armée japonaise). Or, ce haut gradé était mort sur le champ de bataille deux ans plus tôt. De crainte que mon grand-père et lui ne soient confondus par l’armée d’occupation américaine et que mon grand-père ne soit arrêté à tort, ses camarades lui ont demandé de rester en Chine. Il n’a pu rentrer au Japon qu’un an plus tard.

 

Toute la population, enfants compris, a été engloutie dans le tourbillon tragique de l’histoire, sans qu’elle n’ait eu le temps de protester. Aujourd’hui, certains pensent que les enfants doivent savoir ce que l’armée japonaise a fait en Asie au cours de la guerre. D’autres s’y opposent. Le débat est intense quand il s’agit de le mentionner dans les manuels scolaires.

 

Au Japon, de nombreux élèves visitent Hiroshima (広島) et Nagasaki (長崎) pour étudier l’histoire de ces villes, détruites par des bombes atomiques. Ils apprennent aussi l’invasion américaine d’Okinawa (沖縄). Ils interrogent également en anglais des touristes étrangers. Cependant, au collège et au lycée, ils n’ont peu d’occasions d’apprendre ce que les forces japonaises ont fait en Chine et en Asie du Sud-Est. Les étudiants ne l’apprendront qu’à l’université, s’ils y entrent.

 

Les relations entre la Chine et le Japon sont de temps en temps tendues à cause d’événements historiques et diplomatiques. Les Chinois et les experts japonais estiment que les manuels d’histoire japonais actuels minimisent l’importance des atrocités des troupes japonaises à Nanjing. Par contre, selon des reportages récents, les autorités chinoises contraindraient les instituteurs à attiser l’hostilité des enfants envers le Japon en leur montrant des fichiers audio-visuels. La Chine émet des critiques acerbes sur les visites du premier ministre japonais au sanctuaire Yasukuni (靖国神社, photo ci-dessus) à Tokyo, où les soldats morts pour la patrie, y compris les criminels de guerre reconnus, sont inhumés. Il est normal que chaque pays ait sa propre interprétation de l’hisotire, mais les deux pays doivent s’efforcer de respecter une certaine impartialité dans la transmission des évènements historiques. Sinon, ce sont les enfants ainsi embrigadés qui prendront le relais sur les champs de bataille.

 

JSS