Le bouddhisme contemporain

« Vous êtes soshoku-kei ou nikushoku-kei ? »

Voici une question fréquente chez les jeunes d’aujourd’hui. Sôshoku-kei (草食系) , littéralement herbivore, est l’un des mots à la mode au Japon. Alors que les Japonais d’autrefois faisaient activement la cours aux femmes comme des carnivores (nikushoku-kei, 肉食系), les garçons sont maintenant moins entreprenants et moins virils comme des herviores et attendent d’être abordés par les femmes.

 

Par ailleurs, dans l’engoument récent pour le bouddhisme, on a créé un autre mot qui se prononce aussi sôshoku-kei. Celui-ci s’écrit « 僧職系 » et veut dire « fonctions du prêtre ». À la différence des préoccupations précédentes, le bouddhisme attire cette fois l’attention du public de manières variées. Après le grand tremblement de terre du Tohoku de 2011, les gens se sont mis à réfléchir sur la vie et la mort et certains moines tâtonnent pour trouver le nouveau chemin du bouddhisme. En effet, le bouddhisme limité aux obsèques fait l’objet de critiques sévères depuis longtemps. Or, des jeunes moines clairvoyants se démènent pour rallier au bouddhisme les gens confrontés aux difficultés actuelles.

 

Le centre de prévention des suicides de Kyoto (京都自死・自殺相談センター), une organisation à but non lucratif, est géré par des civils et des bonzes du Jodo-shinshû (浄土真宗), une école du bouddhisme de la Terre pure dont le siège se trouve au temple Nishi-honganji (西本願寺) à Kyoto. Depuis sa création en décembre 2011, cette association organise des permanences téléphoniques pour les candidats au suicide même au milieu de la nuit et le week-end. Elle offre aussi la possibilité aux familles de défunts de discuter. La photo montre sa campagne devant la gare de Kyoto.

 

D’ailleurs, le temple Myoshin-ji (妙心寺), grand temple zen situé à Ukyoku à Kyoto, a distribué des prospectus à 3400 temples de cette même école. Les bonzes du Myoshin-ji veulent dissuader les suicidaires et faire en sorte que leur temple devienne plus proche pour des gens en dépression. Le nombre de suicides s’élève à 30 000 personnes chaque année au Japon.

 

Selon une enquête récente, 95 % des Japonais ont une image positive du bouddhisme contre 25 %, une image positive des temples et 10 %, une image positive des moines bouddhistes. On peut conclure que les Japonais aiment le bouddhisme mais ont moins de relations avec les temples. À cause des traditions difficiles à appréhender ainsi qu’au prix franchement opaque du kaimyo (戒名), nom posthume donné au disparu de sorte qu’il puisse entrer dans le paradis de Bouddha, la communauté religieuse est parfois exposée à des critiques. Par contre, un grand nombre de moines se sont rendus dans les régions sinistrées pour aider au nettoyage des décombres et d’autres opérations de reconstruction. Ils pratiquent des activités de soutien remarquées et le secours de l’ordre des temples est incommensurable. Quand il s’agit d’aider les plus démunis, l’enseignement de Bouddha subsiste encore.

 

Autre fait unique : vous trouverez Kamiyacho Open Terrace (神谷町オープンテラス), café situé en face du cimetière du temple Komyo-ji (光明寺), à Tokyo. Pourquoi un tel ‘open café’ dans l’enceinte du temple entouré de gratte-ciel ? Le jeune moine de ce temple, M. Matsumoto, pense que, très remplie, la vie contemporaine des Tokyoïtes n’est plus adaptée aux visites fréquentes au temple. Mais il évoque aussi que le temple est un endroit apaisant comme un café. Comme prévu, des voisins et des hommes d’affaires viennent dans ce temple-café pour se reposer ou manger leur bento (弁当), boîte-repas. Alors que le café propose du thé et des gâteaux, les clients ne sont pas obligés de commander et sont autorisés à apporter de quoi manger. Ils peuvent évidemment confier leurs secrets ou soucis à des moines puisque c’est un temple.

 

Pourquoi ce courant du bouddhisme s’est-il développé récemment ? Les Japonais sont rassurés d’avoir les enseignements de Bouddha pour les aider souvent à sortir de l’embarras ou ne pas se laisser décourager par les difficultés. Il est pourtant difficile de toujours trouver le bonheur à notre époque où existent plusieurs échelles de valeur. De plus, les catastrophes de 2011 ont faits revenir les Japonais à des questions plus fondamentales. Les Japonais se demandent ce qu’est le bonheur.

 

 

Lorsque le chef d’État bhoutanais, Jigme Khesar Namgyel Wangchuk (ワンチュク国王), et son épouse sont venus encourager le Japon à la suite du grand tremblement de terre, le peuple japonais leur en a été très reconnaissant. Situé au sud-est de l’Himalaya, le Bhoutan est un petit pays dont la population est de 697 000 personnes. Cependant, le couple royal a présenté aux Japonais un concept bhoutanais particulier proposé en 1972 par le précédent chef d’État : le BNB, bonheur national brut. L’amélioration de cet indice est la principale politique de ce pays. Selon son recensement en 2005, 46,1 % du peuple s’est dit « très heureux », et 51,6 % « heureux ». Ce constat était totalement surprenant pour les Japonais qui n’avaient suivi que l’amélioration de l’indice économique depuis les années 1960. Ils ont ainsi commencé à réfléchir à ce qu’est le bonheur.

 

Accès vers le temple Nishi-honganji : marchez cinq minutes vers le nord-ouest depuis la gare de Kyoto.

Vers le temple Myoshin-ji : prenez le train JR (quai 8 à 10) à la gare de Kyoto et descendez à Hanazono.

Accès au temple Komyo-ji à Tokyo : prenez la ligne Hibiya du Tokyo métro (東京メトロ) et descendez à la station Kamiya-cho (神谷町駅).

 

JSS