La guerre et les Japonais, 60 ans après l’indépendance

Le 18 mai 2012, la réunion sur le bombardement d’Uma-machi (馬町爆撃を語ろう会) s’est déroulée à Kyoto, soixante ans après la Seconde Guerre mondiale. Où est Uma-machi ? C’est le quartier qui se situe en bas du temple Kiyomizu (清水寺), le temple le plus visité de Kyoto pour son paysage magnifique visible depuis la terrasse. Certains guides mentionnent que la ville de Kyoto n’a jamais été pilonnée, mais elle a subi une vingtaine de bombardements aériens qui ont tué au moins trois cents personnes. Le quartier en question a été attaqué la nuit du 16 janvier 1945. 140 immeubles ont été endommagés et plus de 90 personnes ont été tuées ou blessées. A cause du silence sur ces événements, ces vérités sont malheureusement peu connues des touristes qui visitent Kyoto.

 

Mon oncle se souvient que le ciel était rouge. Il a d’abord pensé au soleil couchant, mais c’était vers le sud en direction d’Osaka qui était en train de brûler. Alors que Kyoto n’était pas la cible officielle des B-29, certains avions y ont largué, lors du retour vers leur porte-avions, les bombes qu’ils n’avaient pas utilisées.

 

A Kyoto, pour limiter la propagation des incendies dues aux bombes, de nombreuses maisons de bois ont été détruites et leurs habitants forcés d’évacuer. Après la guerre, les habitants ont fait beaucoup d’efforts pour protéger les quartiers traditionnels contre l’urbanisation. C’est à cause de ces mesures de préservation que les avenues Gojo, Oike et Horikawa sont aujourd’hui plus larges qu’elles ne l’étaient à l’époque de l’ancienne capitale.

 

Ces actions de démolitions se sont répandues dans l’archipel pour prévenir les incendies, mais, ironiquement elles ont plutôt été préjudiciables à certains endroits. A Hiroshima, on estime que ces actions, en concentrant les habitants de banlieue en centre-ville pour détruire des maisons, ont doublé le nombre de victimes de la bombe atomique.

 

Mon grand-père paternel avait été envoyé en Chine. Après la guerre, il fut détenu en Sibérie, interné dans un camp de travail et contraint à des travaux épuisants, comme la construction d’une voie ferrée ou de maisons. Il était prisonnier avec une dizaine de camarades de régiment mais, l’un après l’autre, ils sont tous morts à cause du froid de l’hiver, de la dureté des travaux et des mauvaises conditions de captivité. Mon grand-père a voulu rapporter au Japon un souvenir d’eux. Mais il n’y avait rien car l’armée soviétique avait confisqué leurs armes et leurs affaires. Alors, mon grand-père a décidé d’arracher avec un bouton d’uniforme les ongles de ses amis morts et de les conserver pour les rapporter.

 

Il a été rapatrié en bateau deux ans plus tard. À son retour au port Maizuru (舞鶴, nord de Kyoto), on lui a donné pour toute récompense une canette de dentifrice en poudre. Il a rendu visite aux familles de ses amis morts en Sibérie pour s’excuser de ne pas avoir pu les ramener vivants avec lui.

Voir aussi partie 2, partie 3 et Concours de discours de français

Guide of Kyoto